Introduction
Muscle lisse
Oesophage
Estomac
Intestin
Colon
Défécation
Motricité digestive
Mécanismes de la continence
Au repos.
Lors du repos, Il existe dans le canal anal une zone de haute pression
(5 à 9 kPa) qui s'étend sur environ 3 cm ; alors que la pression rectale
n'est jamais supérieure à 1 kPa. Tant que la pression anale est supérieure
à la pression rectale, aucune issue de matières ou de gaz n'est possible.
La zone de haute pression est due pour l'essentiel au sphincter interne.
Le sphincter externe présente certes une contraction tonique permanente,
mais sa paralysie ne modifie guère la pression du canal anal, alors que
la section chirurgicale du sphincter interne la diminue considérablement.
Le tonus du sphincter interne est partiellement d'origine myogène, puisque
sur des bandelettes isolées, il présente un niveau tonique bien plus élevé
que celui du côlon et qui n'est pas bloqué par la tétrodotoxine. Néanmoins,
le tonus du sphincter interne dépend aussi de l'innervation extrinsèque
de l'organe : l'amputation des racines rachidiennes sacrées ou la section
des nerfs hypogastriques abaissent considérablement la pression anale.
La pression de fermeture n'étant pas différente chez l'homme normal et
l'homme spinal, le maintien du tonus anal est donc d'origine médullaire.
L'anesthésie locale du rectum et du canal anal ne modifiant pas la pression
anale de repos, le tonus sphinctérien est probablement entretenu de manière
automatique (indépendamment des afférences anorectales) par des neurones
médullaires. L'importance relative des influx pelviens et hypogastriques
sur la pression de fermeture anale n'est pas connue.
Le tonus du sphincter externe et du releveur de l'anus est du à la décharge
tonique permanente des motoneurones somatiques sacrés. La destruction
du cône médullaire, la section des racines rachidiennes sacrées provoquent
le silence électromyographique des muscles striés périanaux.
Effets de la posture et de l'activité
La parole, le chant, le rire, les changements de position, la toux, l'éternuement,
le fait de porter une charge, ou l'exercice physique augmentent la pression
abdominale. Ces variations de la pression abdominale qui peuvent atteindre
20 kPa sont transmises au rectum. Elles menacent la continence qui est
alors protégée par la contraction réflexe du sphincter externe et du muscle
releveur. L'amplitude et la fréquence de décharge électrique des muscles
striés périanaux sont étroitement corrélées à l'importance de l'augmentation
de la pression abdominale. On peut affirmer qu'il s'agit d'un réflexe
spinal puisque la réponse persiste chez l'homme paraplégique (par section
médullaire suprasacrée), alors qu'elle est absente chez le sujet tabétique.
Lors de la manouvre de Valsalva (c'est à dire, la poussée volontaire avec
expiration forcée à glotte fermée), le sphincter externe se relâche, comme en témoigne le silence électrique
(Figure).
C'est le seul cas ou une augmentation de pression abdominale ne déclenche
pas la contraction du sphincter. Cette réponse n'est pas spinale mais
encéphalique puisque la manouvre de Valsalva est accompagnée d'une augmentation
paradoxale d'activité électrique chez l'homme spinal. L'absence de relaxation
à la poussée volontaire (ou asynchronisme abdomino-sphinctrien, ou anisme)
est une anomalie fréquente dans la constipation dyschésique, elle est habituelle dans l'ulcère solitaire du rectum
(Figure).
Adaptabilité rectale
Le rectum est un organe capacitant dont les propriétés visco-élastiques
jouent un rôle clef dans la continence fécale. La paroi rectale (comme
celle de l'estomac proximal ou de la vessie) répond à la loi des élastomères,
c'est à dire que la relation tension-volume pour la paroi rectale n'est
pas linéaire et que cet organe peut adapter un volume important sous faible
pression. L'incontinence est souvent provoquée par une réduction de la
fonction réservoir du rectum. A l'inverse, la constipation terminale de
l'enfant ou du vieillard est en relation avec une augmentation parfois
spectaculaire de cette propriété. La propriété capacitante du rectum est
pour l'essentiel d'origine myogène, mais il est possible que les influx
sympathiques d'origine hypogastrique facilitent la relaxation rectale
en agissant sur les récepteurs béta des cellules musculaires. Actuellement,
on estime qu'une voie inhibitrice non adrénergique - non cholinergique
(dont l'axone présynaptique passe par le nerf pelvien) peut faciliter
la relaxation réceptive du rectum.
Charnière rectosigmoïdienne
Cette zone qui sépare deux segments digestifs dont la motricité est entièrement
différente, présente une activité segmentaire importante qui élève les
résistances et s'oppose ainsi à la progression des matières fécales. La
charnière participe pleinement à la continence en protégeant les mécanorécepteurs
du rectum, donc en évitant que le besoin ne soit trop fréquent. Cette
zone peut entre considérée comme un «sphincter ouvert». La segmentation
de la charnière est absente ou incompétente dans les diarrhées : les rushs
péristaltiques coliques parviennent alors jusqu'au rectum. A l'inverse,
l'hyperactivité de la charnière est responsable de certaines constipations
irréductibles aux agents osmotiques (son ou lactulose).
Réflexes recto-sphinctériens
La distension brève de l'ampoule rectale avec un faible volume d'air (5
à 40 ml) est à l'origine d'une sensation fugace et provoque :
(Figure).
Cette séquence motrice stéréotypée reproduit l'effet d'un matériel fécal
quelconque parvenant dans le rectum. Elle persiste chez l'homme spinal
et disparaît après anesthésie de la muqueuse rectale. Elle propulse
le contenu rectal vers le canal anal supérieur, dont l'ouverture (réflexe
inhibiteur) permet l'analyse discriminative de la nature du contenu
(liquide, solide ou gazeux) par les récepteurs spécialisés du canal
anal supérieur. La contraction du sphincter externe (réflexe recto-anal
excitateur) protége alors la continence. On donne le nom de «réflexe
d'échantillonnage» (sampling reflex) à l'ensemble de cette activité.
II existe une relation linéaire entre le volume distendant et l'amplitude
des trois réponses motrices enregistrées. si le volume distendant atteint
environ 100 ml, la même séquence se déroule, mais l'inflation rectale
est perçue comme un besoin qui cesse lorsque le rectum s'est adapté
à son nouveau volume. On donne le nom de «réflexe d'accommodation»
(accommodation reflex) à ce mécanisme qui n'est pas uniquement réflexe
puisqu'il intègre les propriétés visco-élastiques de la paroi rectale.
Pour un volume encore plus élevé (300 ml environ), le volume maximal
tolérable est atteint: les deux sphincters se relaxent et préparent
la défécation. La voie afférente de ces réflexes passe par le nerf pelvien.
La branche afférente du réflexe recto-anal excitateur passe par le nerf
honteux. Les réflexes recto-rectal et recto-anal inhibiteur sont des
réflexes intra-muraux modulés par l'innervation extrinsèque. Le réflexe
inhibiteur est absent dans la maladie de Hirschsprung (ou mégacôlon
aganglionnaire), c'est la base du diagnostic manométrique de cette affection
congénitale.
Si le réflexe inhibiteur est un réflexe inné, le réflexe recto anal
excitateur est un réflexe acquis. Chez le nouveau-né, la distension
rectale provoque la relaxation du sphincter externe et l'évacuation
du contenu. Au cours de l'acquisition de la propreté, le jeune enfant
apprend à contracter son sphincter externe lorsqu'il perçoit une sensation
rectale.
Sensibilité rectale et besoin fécal
Seule la distension de la paroi rectale provoque une sensation perçue
comme un besoin. Dans le côlon, la distension ne provoque qu'une sensation
de flatulence ou éventuellement une douleur mal localisée si le volume
distendant est important. La sensibilité rectale est plus élaborée,
son seuil de détection est plus bas que dans le sigmoïde (20 et 80 ml
respectivement). La sensation rectale est remarquablement adaptée à
la tension pariétale de l'organe et il est possible de l'étudier en
corrélation avec l'enregistrement d'un diagramme de la pression en fonction du volume
(Figure).
Pour un faible volume distendant, on obtient un pic de pression qui
s'atténue rapidement, ce pic initial correspond à une sensation fugace.
Pour des volumes de distension plus élevés, la sensation est plus importante
puis s'atténue, mais reste permanente lorsqu'un plateau de pression
s'installe. Pour un volume encore plus important (volume maximal tolérable),
la pression s'élève brutalement, le besoin devient alors impérieux.
En cas d'anastomose côlo-anale, la sensation de plénitude qui précède
la défécation apparaît pour un volume plus élevé que normalement et
l'analyse de cette sensation comme un besoin nécessite un certain apprentissage.
Sur des données obtenues après amputation du rectum, il a été postulé
que le stimulus adéquat pour provoquer le besoin fécal était l'étirement
de la sangle puborectale. Il est possible que l'étirement de ce muscle
strie participe à la sensation de besoin chez les patients ayant subi
une anastomose côlo-rectale. Toutefois, dans les conditions physiologiques,
les muscles striés n'interviennent pas puisque le bloc honteux bilatéral
ne modifie pas la sensibilité à la distension du sujet normal. A l'inverse,
cette sensation disparaît après section du nerf pelvien, le-quel véhicule
précisément la sensibilité rectale.
Vue d'ensemble sur le maintien de la continence
féale
La continence repose sur un organe réservoir (côlon distal), un organe
compliant (rectum) et un appareil résistant (sphincters et sangle des
releveurs) ; elle suppose aussi une sensibilité très spécifique qui
permet d'analyser la distension rectale comme un besoin, ainsi que la
reconnaissance et le passage différencié des gaz et des matières fécales.
La fonction réservoir appartient au côlon gauche et au sigmoïde qui
peuvent stocker les matières fécales solides durant de très longues
périodes. Le côlon distal est toutefois incapable de stocker un contenu
liquide. Le rectum est normalement vide, mais ses propriétés compliantes
lui permettent de différer l'évacuation du contenu. Cette propriété
est capitale, puisque la continence implique une marge suffisante entre
le degré de remplissage pour lequel on prend conscience de la présence
de matières dans le rectum et le seuil de distension pour lequel les
deux sphincters se relaxent sur un mode réflexe.
L'appareil résistant comporte le sphincter interne qui assure une barrière
de pression permanente et qui (comme le col vésical) est l'organe clef
de la continence basale. Il comporte également le sphincter externe
qui a peu à voir avec la continence basale, mais qui assure la continence
d'urgence : sa contraction volontaire dure au maximum 60 secondes, temps
qui permet à l'adaptabilité rectale de se manifester lorsque les conditions
sociales d'évacuation ne sont pas remplies. La sangle des releveurs
maintient en permanence une angulation qui joue un rôle important dans
la continence : il existe des cas d'incontinence ou le seul défect est
une incompétence de cette fronde musculaire. La force a développée pour
retenir le contenu rectal est d'autant moins importante que l'angulation
anorectale est prononcée.
Enfin, la sensibilité rectale et celle du canal jouent un rôle déterminant
dans la continence. Il suffit de rappeler l'importance des réflexes
qui s'élaborent à partir de ces afférences et de signaler qu'il n'y
a pas de continence possible en l'absence d'une sensibilité recto-anale
consciente convenable.